Patrick Giani
Astropsychologue et Thérapeute
Au nom de Jésus, je rejette tous les mauvais sorts envoyés contre moi. Par son Amour, je bénis toutes les personnes qui veulent me faire du mal et je prie pour que leur âme retrouve le chemin du retour vers Dieu.
Les douze vies d'Anatole
par Patrick Giani


Les douze vies d'Anatole

Dans sa pratique, le thérapeute Patrick Giani utilise une technique qui permet de remonter dans le passé, celui de la petite enfance mais également, lorsque les racines d'une problématique sont profondes, celui des vies passées.
Avec ce premier roman, Patrick Giani nous fait partager les états d'âme d'Anatole, cloué sur un lit d'hôpital après un accident de la route. L'exploration de ses vies antérieures l'amènera à comprendre les causes réelles de son accident, à faire le point sur sa vie affective, sur son évolution personnelle, et l'éclairera sur le monde non visible qu'il pensait pourtant connaître.
Un voyage entre deux mondes où se côtoient guides, êtres de Lumière, entités et guides noirs, où le temps n’existe plus vraiment mais d’où les vérités essentielles émergent. Un roman initiatique mais aussi un roman d'amour, qui favorise les prises de conscience et élève l'âme.

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"J'ai terminé votre livre et je dois dire que j'ai passé de très bons moments en sa compagnie. A aucun moment on ne perd le fil de l'histoire de ces 12 vies, tout cela a été bien ficelé, la transition entre chaque vie se fait clairement, on retrouve toujours les circonstances de cause à effet. Vous nous faites effectuer un magnifique voyage dans l'inconscient. Je n'ai eu qu'une envie, c'est d'aller jusqu'au bout. C'est avec beaucoup d'émotions que je l'ai lu, il y avait une grande résonance avec l'accident que j'ai eu et qui m'a fait découvrir, hélas pas assez longtemps, ce bien être d'être tout là-haut dans un angle au plafond, simplement reliée par un fil au corps allongé sur le lit. Bravo Patrick, continuez à nous faire voyager et à nous faire prendre conscience que notre âme est éternelle." Lucette

"Je viens de terminer votre livre, super, je me suis régalé! Un super roman qui conduit à se poser vraiment beaucoup de questions et à trouver des réponses concernant certains aspects de sa propre vie. Vivement le prochain!!!!" J.M.

"Merci pour le bouquin que je viens de finir, et qui est ma foi très bien. Je suis encore dedans puisque j'ai passé la journée à le lire, n'ayant rien d'autrement plus urgent à faire dans ce moment de ma vie. Merci aux guides aussi... Etant de mon côté à la croisée de chemins, je guette les futurs possibles qui ne manquent pas de se présenter, pour le meilleur et... pour le meilleur semble-t-il! Souhaitons longue vie à Anatole ainsi qu'un vrai cheminement dans les consciences." Alain

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Premier Chapitre

« Tu as vu comment il s’appelle, celui-là?
- Non ?
- Anatole ! C’est un drôle de prénom.
- Oui, ce n’est pas commun.
- Il est plutôt beau gosse, tu ne trouves pas ?
- Oui, mais dans l’état où il se trouve, tu aurais du mal à faire des galipettes avec lui !

L’aide soignante part dans un grand éclat de rire, ce qui donne du grain à moudre à sa collègue :
- Tu sais, il y a toujours moyen, du moment que « ça » fonctionne !
- Arrête, si le docteur nous entendait !

Le docteur non, mais Anatole les entend, ces aide soignantes, et elles commencent à l’agacer avec leur humour au raz des pâquerettes. Il les voit aussi, s’affairant autour de ce lit d’hôpital aux draps trop blancs, mais la vision qu’il a de la scène n’est pas commune : il les voit d’en haut ! Comme s’il était collé au plafond. Et il l’est en fait, sa conscience tout du moins, car il se trouve exactement au-dessus du lit autour duquel s’affairent les aide soignantes. Il les voit arranger les draps d’un geste sec et mécanique, mettre de l’eau dans la cruche sur la table de nuit pour d’éventuelles fleurs à venir, aérer quelques minutes la pièce, puis revenir vers ce lit où est allongé ce corps inerte, ce corps… qui est le sien !
Anatole réalise soudain : ce corps allongé sur ce grand lit blanc, comme un cadavre… Mais comment peut-il être à la fois là, et… là ?

- Il est entré quand, hier ?
- Non, ce matin. Il a passé la nuit au bloc. D’après le Docteur, il est dans le coma.

Anatole ne peut résister à l’envie de crier… mais aucun son ne sort de sa bouche ! Il essaye de nouveau, mais rien à faire, c’est comme si on lui avait collé un gros morceau de sparadrap sur les lèvres.

- De stade 4 ?
- Comment ?
- Tu sais qu’il y a plusieurs stades de coma ?
- Ah oui ! je pense qu’il en est au stade 3, qu’on appelle « coma de carus » : il ne ressent plus la douleur, c’est comme s’il n’était plus là…

« Mais non, justement, je suis là, au-dessus de vous ! …. Non, rien à faire… elles ne m’entendent pas ».
Anatole est désespéré : il comprend maintenant ce qui lui arrive, et cela lui fait subitement peur. A ce moment précis, il ressent comme une aspiration vers le bas, une sorte de ventouse qui l’attire et qui l’oppresse en même temps. Dans cette descente brutale, une douleur insupportable se fait sentir au niveau de son crâne. Il réalise alors qu’il est revenu dans son corps. Mais c’est horrible, la douleur est insoutenable : tous ses organes, tous ses muscles sont à vif, ça lui fait mal de partout. Les visages des aide soignantes sont tout proches maintenant, mais ils sont flous et semblent s’effacer par moments, au rythme des pulsations de son cœur qui bat la chamade. Il essaye de crier mais seul un spasme secoue légèrement sa poitrine.

- Hé ! dis donc, regarde un peu le cardiogramme, on dirait qu’il a bougé !
- Attends… oui, c’est sensible mais… on dirait que c’est revenu comme avant, maintenant.

Anatole se retrouve de nouveau au plafond, au-dessus de ce lit où repose son corps physique, tel un cadavre en sursis, un pantin désarticulé d’où partent des tuyaux reliés à des bocaux...
Il ne peut s’empêcher de penser à ses proches. Comment vont-ils réagir en le voyant dans cet état ? Et Antonia, si sensible et si fragile ? Elle qui s’inquiète dès qu’il fait une crise d’asthme…
Les aide soignantes sont parties. Le silence envahit la chambre d’hôpital comme une brume matinale d’hiver s’empare de la campagne…

Profitant de ce moment de solitude, Anatole tente de recoller les morceaux du puzzle. Comment en est-il arrivé là ?
La conscience collée au plafond il regarde son corps, tout en bas, qu’il ne reconnaît plus : le visage est livide, les paupières boursouflées, des traits rouges lézardent son front tuméfié. Son crâne a disparu sous les bandelettes, son bras gauche est dans le plâtre, sa jambe gauche est tenue bien droite par une attelle, suspendue par un système de poulies.
Bizarrement, ce corps lui semble étranger. Il ne ressent rien : ni douleur, ni émotion. Juste une sorte de malaise grandissant et qui persiste. « Si je m’en allais de là ? » Oui mais… Anatole réalise qu’il ne peut pas ! Il essaye plusieurs fois mais, rien à faire, ça ne marche pas. Une angoisse l’envahit soudain : prisonnière ! sa conscience est prisonnière : elle ne peut s’échapper de la pièce. « Non, non ! c’est trop injuste ! mais comment … comment j’en suis arrivé là ?» Il tente de se souvenir, mais rien ne vient, à part quelques images fugaces, morcelées comme dans un kaléidoscope : les rafales de pluie qui giflent le pare-brise, le coup de klaxon, les phares de la voiture en face qui se rapprochent rapidement, trop rapidement, puis le choc ! Assourdissant, comme un coup de poing sur le nez qui fait jaillir le sang et les étoiles dans la tête en même temps. Et puis plus rien…
« Je suis mort ?? »
Entre cet instant et celui où il est s’est retrouvé au plafond, au-dessus de son corps dans cette chambre d’hôpital, le blanc total, le trou de mémoire…

- Mais qu’est-ce que j’ai fait au Ciel ?
- Tu l’as oublié.
- Hein ? ? ! Qui a parlé ?
- ….
- Qui a dit ça ? Il y a quelqu’un ici ?
- Tu l’as oublié le Ciel, voilà pourquoi tu en es là.

Anatole tente de localiser la voix qui lui parvient mais elle semble venir de plus haut, et pourtant il ne voit personne. Cette voix n’est pas comme une voix sonore non, un peu comme si les mots se formaient dans son esprit. D’ailleurs, Anatole réalise que ses propres réponses ne sont pas audibles, elles semblent provenir également de son esprit.

- Qui es-tu ?
- On va dire : ton guide.
- Mon guide ? J’ai un guide, moi ?
- Oui, comme tous les humains. Ton ange gardien, si tu préfères.
- Mon ange gardien ? Je pensais que c’était une invention des curés !
- Qu’importe ! je suis là parce que j’ai entendu l’appel de ton âme.
- Mon âme ? mais…
- Oui, je sais, c’est un peu compliqué pour toi, mais tu finiras par comprendre. Je voulais juste te dire que je suis là si tu as besoin de moi.
- Je te remercie, mais… j’y comprends rien, moi ! Explique-moi pourquoi je suis là, collé au plafond au-dessus de mon corps, dans cette chambre d’hôpital ?!
- Tu as eu un accident grave, mortel même. Mais bon, ce n’était pas ton heure…
- Donc, je ne suis pas mort ?
- Non, mais tu es… disons « entre parenthèses », si tu veux. Entre la vie et la mort, comme vous dites sur Terre.
- Mais… pourquoi je suis là, et mon corps en bas ?
- A cause de la douleur. Ta conscience s’est détachée de ton corps physique pour ne pas ressentir la douleur.
- Ok, je comprends… mais quand est-ce que je vais le réintégrer, ce corps physique ?
- Cela dépend de toi. Des capacités de récupération de ton corps qui est dans un sale état, mais également de ta capacité à comprendre certaines choses…
- Certaines choses ? De quoi veux-tu parler ?
- Disons certaines choses de la Vie, et de TA vie également. Pourquoi tu en es arrivé là, par exemple.
- Tu veux dire ici, dans cette chambre d’hôpital ? Mais justement je n’en sais rien ! !
- Je vais t’aider à t’en souvenir, si tu le veux bien.
- Moi je veux bien, mais ça ne me dit pas quand est-ce que je vais pouvoir réintégrer ce corps et sortir de cet hôpital !
- Patience, c’est justement à cause de ton impatience que tu en es arrivé là, alors commence par être patient, s’il te plaît.
- … ok, j’ai pigé… Alors, dis-moi ce que tu sais de moi. Puisque tu es soi-disant mon « ange gardien », pourquoi ne m’as-tu pas évité cet accident, hein ?
- Epargne-moi ce cynisme, s’il te plaît.
- Excuse-moi, ange gardien !
- Guide.
- Pardon ?
- Je préfère le mot « guide », si tu veux bien. Comme le guide de haute montagne, je te surveille mais si tu prends trop de risques, tu les assumes !
- Ok, alors mon guide, dis-moi quels sont les risques que j’ai pris pour finir sur ce lit d’hôpital entre la vie et la mort ?
- Et bien regarde…

Dans la seconde qui suit, Anatole voit apparaître un écran blanc, comme au cinéma, sur lequel des images commencent à se former. Tout d’abord floues, aux contours incertains, ces images se précisent peu à peu.
Il se revoit sortir de chez Antonia en claquant la porte, dévaler les escaliers en trombe, retrouver sa voiture dans le parking, allumer rageusement le contact et sortir du parking comme un bolide, sous la pluie battante.

- Tu te souviens de ça ?
- Oui… tu vas dire que j’étais sacrément énervé mais, franchement, il y avait de quoi ! Antonia venait de me poser un ultimatum. Non, mais tu te rends compte : un ultimatum ! Comme à la guerre.
- Normal, puisque tu te comportais comme un guerrier.
- Quoi ? !!
- Elle t’a posé un ultimatum parce que c’était la seule façon de te faire réagir, et la seule façon de te faire comprendre à quel point elle souffrait de cette situation.
- Mais… pourquoi elle ne me l’a pas dit plus tôt ?
- Tu ne l’écoutais pas ! Elle te l’a dit mais tu n’écoutais que toi : tes certitudes, tes principes, tes désirs surtout. Regarde…

Anatole voit alors défiler les images de cette fameuse nuit où tout avait commencé avec Sylviane. Où la simple aventure avait tourné en quelques semaines à la liaison clandestine. Il se revoyait mentir à Antonia, prétextant un surcroît de travail au bureau, son associé qui comptait sur lui pour boucler au plus vite. Puis la fréquence des retrouvailles avec Sylviane, la frénésie qui s’emparait de lui à chaque fois qu’il retrouvait son corps plein de désirs, les rendez-vous de plus en plus risqués, puis de nouveau les mensonges, le mal au crâne soudain quand Antonia le désirait. Jusqu’à cette soirée où ce foutu portable avait sonné au beau milieu de l’étreinte :

- Allo ? oui, qu’est ce que tu veux ? Mais bien sûr que je suis au boulot, qu’est-ce que tu crois ?…. Y a pas de bruit parce que les machines sont arrêtées. On… on n’avait plus besoin d’imprimer, alors je finis un truc sur l’ordi, mais je vais pas tarder à… Quoi ? Mais non, je te prends pas pour une idiote, qu’est-ce que… ??? Antonia !!

Anatole se voyait maintenant se rhabiller à la hâte, laissant Sylviane médusée et inquiète à la fois, dans ce lit encore imprégné de leurs odeurs suaves et de leurs folles étreintes…

- Alors, qu’en penses-tu ?
- … de quoi ?
- Tu comprends maintenant ?
- Oui je sais, c’était une connerie cette aventure. Je n’aurais jamais du commencer, c’est ça ?
- Je ne te juge pas.
- Ouais, tu ne me juges pas mais tu n’en penses pas moins, n’est-ce pas ?
- Un guide ne pense pas, tout du moins pas comme le font les êtres humains. D’ailleurs, ça leur pose pas mal de problèmes, de penser comme ils le font.
- S’il te plaît, dis-moi ce qu’il y a de mal à répondre aux avances d’une jolie personne qui a envie de toi ?
- Mais il me semble que tu étais déjà lié, non ?
- Oui, mais avec Antonia, c’était plus ça…
- Que signifie « ça » pour toi ?
- C’était plus comme…
- Comme au début de votre relation ?
- Oui, voilà !
- Comme tu voulais surtout !
- Comment ça ?
- Au bout de quelques années, la passion s’essouffle et le couple doit accepter de passer à autre chose, à une autre dimension de l’Amour.
- Oui, mais…
- Et toi, comme beaucoup d’hommes sur cette planète, tu ne voulais pas lâcher « ça », comme l’appellent les psys. Antonia était prête à évoluer vers cette autre dimension de l’Amour, mais toi ?
- Et bien, oui je le reconnais. Pour un homme, le plaisir physique, la jouissance, c’est plus important que pour la femme. Il faut… il faut bien que ça sorte, tu comprends ? En plus, je suis encore jeune, je n’ai que trente six ans ! Mais tu ne peux pas comprendre ça, tu n’es pas un être humain.
- Ah pardon ! Je peux le comprendre. Avant d’être guide, j’ai été un humain plusieurs fois.
- Ah bon ? Mais je pensais que les anges étaient des êtres asexués qui n’avaient jamais connu l’incarnation.
- Cela dépend des guides. Comme sur Terre, il y a plusieurs sortes de guides, plusieurs hiérarchies, si tu préfères. Disons que je suis un guide intérimaire.
- Et tu étais quoi, ou plutôt qui, dans ta dernière incarnation ?
- Ne perdons pas le fil de notre discussion, si tu veux bien, d’accord ?
- Ok, alors est-ce que tu peux comprendre que j’avais des envies, des besoins, à cette époque ?
- Oui, mais tu n’as pas voulu tenir compte d’Antonia. Tu n’as pensé qu’à toi, à ton propre plaisir, n’est-ce pas ?
- Si tu veux, mais j’ai cru qu’une aventure sans conséquences…
- Une aventure n’est jamais sans conséquences, tu le sais à présent. Ou alors, elle est décevante et elle est génère une frustration, qui appelle un autre désir d’aventure. Et lentement, s’installent les pensées obsessionnelles, les fantasmes.
- Mais justement, c’est pour ne plus avoir de fantasmes que j’ai eu l’idée de cette aventure.
- Et bien, voilà le résultat !
- …. tu me fatigues, guide ! C’est un peu trop pour moi, là ! Me voilà en suspension entre la vie et la mort, entre le plancher et le plafond de cette chambre d’hôpital et tu ne trouves rien de mieux à me dire, pour me remonter le moral, que ces reproches par rapport à ma vie sentimentale.
- Sexuelle.
- Pardon ?
- Ta vie sexuelle. Sylviane et ce « dérapage » faisait partie de ta vie sexuelle, pas sentimentale.
- Bon, si tu veux…. Mais cette façon de me faire la morale m’agace. On n’est plus au Moyen-âge, tout de même ! Et puis, si je n’avais pas eu cette aventure, je m’en serais voulu.
- Ah bon ? Et quand tu as claqué la porte sur l’annonce de l’ultimatum d’Antonia, tu ne t’en es pas voulu ? Regarde…

Anatole se voit alors rouler trop vite sur cette route de campagne, les mains crispées sur le volant, les sourcils froncés et les yeux embués par les larmes qui ont du mal à sortir. « Elle ne voudra plus de moi, c’est sûr à présent. J’ai tout gâché ! » Puis la gorge qui se serre, ces larmes qui ne viennent pas, le poing qui s’abat sur le volant, le cri de rage qui sort de sa poitrine, ces phares qui surgissent soudain du néant et l’aveuglent, puis… le choc.

Maintenant, Anatole se souvient et il réalise pourquoi il en est arrivé là. Mais tout d’un coup cela lui semble injuste, profondément injuste. Toute sa vie a été guidée par un idéal de liberté : liberté d’opinion, liberté de pensée et liberté d’agir. Toute sa jeunesse, il l’a passée à défendre cet idéal et le voilà maintenant obligé de se rendre à l’évidence : la liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. Oui mais, comment savoir à partir de quand sa liberté empiète sur celle de l’autre sans l’expérimenter ? Et puis, faut-il sacrifier ses rêves et ses désirs sur l’autel sacro-saint de la morale ?
Son sentiment de révolte commence à peine à s’amenuiser quand un grincement de porte inopiné sort Anatole de ses pensées : quelqu’un vient d’entrer dans la chambre…
Antonia approche à petits pas du lit où repose le corps inerte. Elle pose une main hésitante sur le dos de la seule main valide d’Anatole, se rapproche un peu plus, puis éclate soudain en sanglots.
Anatole assiste à cette scène, impuissant, et chaque sanglot d’Antonia secoue son esprit comme une bourrasque en pleine mer. Il a envie de crier « Antonia, ne pleure pas, je suis encore vivant ! » mais là encore, aucun son ne sort de lui, ni de sa bouche, ni de son esprit. Son esprit qui se trouve soudain traversé par des pensées contradictoires : il y a à peine quelques minutes, il était en train d’expliquer à son guide qu’il n’avait pas pu résister à ses désirs, que de toute façon il avait le droit de faire ce qu’il lui plaisait, qu’il était comme ça et pas autrement et là, en voyant Antonia pleurer à chaudes larmes sur son corps inerte, il sentait renaître en lui tout l’amour qu’il lui portait.
« Mon amour, ne pleure pas, je ne suis pas mort. Je vais revenir chez nous, nous allons de nouveau être heureux, tout comme avant. Je t’aime tu sais, je regrette ce qui s’est passé.
- Et bien, ce n’est pas trop tôt !
- Ah ! tu es encore là, le guide ?
- Ce serait bien si elle pouvait entendre ce que tu viens de penser à son sujet.
- Euh… quoi ?
- Tu as pensé que tu regrettais ce qui s’était passé, n’est-ce pas ?
- Oui, c’est vrai, je m’en rends compte à présent. Je lui ai fait beaucoup de mal.
- Serais-tu prêt à lui demander pardon ?
- Pardon ?
- Oui, pardon.
- Non, je veux dire : de quelle manière, puisque je ne peux plus communiquer avec elle ?
- En rêve.
- En rêve ? !
- Oui, je t’expliquerai plus tard…

Un autre grincement de porte ramène l’esprit d’Anatole au-dessus du lit : ses parents viennent d’entrer dans la chambre.
Anatole aperçoit son père, livide et désemparé, s’approcher du lit en tenant fermement l’épaule de son épouse visiblement effondrée.
« Anatole ! Mon bébé… c’est maman. Ne pars pas, mon bébé, ne me quitte pas ! » Puis elle part dans un long sanglot.

- C’est bien ma mère, il faut toujours qu’elle dramatise !
- C’est toujours déchirant, surtout pour une mère, d’envisager la perte d’un enfant. On voit que tu n’en as pas !
- Oui, mais j’ai trente cinq ans, tout de même ! Et elle me considère toujours comme son bébé.
- Pour elle, tu es toujours un petit enfant et tu le seras toujours, jusqu’à la fin de sa vie.
- C’est drôle, j’ai l’impression que je n’ai pas vraiment de sentiments pour elle. Ce n’est pas comme pour Antonia.
- Il faudra faire un travail là-dessus, pour que tu comprennes mieux la relation à ta mère… et aux femmes en général.
- Ah bon, tu crois ?
- Tu n’es pas sans ignorer que celle qui nous a mis au monde exerce une grande influence sur nos choix amoureux ?
- Oui, j’ai étudié tout ça. Et j’ai bien compris l’influence que ma mère a eu sur ma vie affective jusqu’à présent : aucune ne lui a semblé digne de devenir la femme de « son bébé » !
- Tu l’as peut-être comprise mentalement, cette influence, mais l’as-tu intégrée ?
- Intégrée ? !
- La plupart des humains pensent que comprendre intellectuellement, mentalement, suffit pour résoudre un problème. L’intégrer à sa conscience est beaucoup plus efficace. Mais on travaillera aussi là-dessus plus tard, si tu le veux bien.
- Tu veux me faire travailler sur beaucoup de choses, dis donc ! Tu crois pas que tu…

Anatole n’a pas le temps de finir sa phrase, car une scène retient soudain son attention : Antonia vient de s’approcher de ses parents et, d’un geste mesuré mais plein de compassion, elle passe son bras autour des épaules de la mère d’Anatole. Visiblement émue, celle-ci ne dit rien mais elle avance timidement une main maladroite vers la main d’Antonia et la serre très fort. Ce geste encourage Antonia qui lui murmure quelque chose à l’oreille. Anatole n’entend pas ce qu’elle lui dit mais la vibration émise par la scène l’émeut.
Il est surpris par le geste d’Antonia. Il ne se doutait pas, malgré toutes ces années passées à ses côtés, qu’elle pouvait être aussi compatissante. Anatole ressent également sa force intérieure, sa capacité à faire face, à encaisser les coups les plus durs, et soudain il réalise…

- Mais qu’est-ce que je suis con ! Comment j’ai pu être aussi aveugle ?
- Il était temps que tu t’en aperçoives.
- Mon guide, tu peux m’expliquer ?
- L’ego. Tout simplement l’ego.
- Je suis un gros égoïste, c’est ça ?
- Non, mais tu aurais pu le devenir. Comprends cela : peu d’ego rend influençable et soumis, mais trop d’ego éloigne des personnes que l’on aime. Un peu comme si l’on grimpait au sommet d’une montagne sans s’occuper du reste de la cordée. Arrivé au sommet, on se regarde le nombril, pensant être le maître du monde, alors qu’en fait on est seul…
- Et aveugle.
- Et oui ! tu as compris. On ne voit que le but à atteindre pour satisfaire son orgueil, ou ses envies. Et pendant ce temps, le reste de la cordée peine, souffre, a besoin de notre aide, mais on ne l’entend pas.

Une infirmière entre brusquement dans la chambre et demande à tous les visiteurs de bien vouloir sortir un instant afin qu’elle puisse effectuer son travail.
- Mon guide ?
- Oui ?
- Il faut que je fasse quelque chose pour Antonia.
- Oui, je sens que tu es prêt maintenant.
- Tu vas pouvoir m’aider ?
- Je suis là pour ça !
- Merci, tu as une idée ?
- Attends ce soir, si tu veux bien.
- Ok… je te remercie, vraiment…

Après la visite de l’infirmière, les parents d’Anatole reviennent dans la chambre, mais sans Antonia, qui a préféré rentrer chez elle. La mère d’Anatole est un peu plus calme à présent, mais ses sanglots ont repris. Anatole préfère ne pas trop ressentir sa douleur. Il pense à Antonia, à son amour pour lui, à sa compassion vis à vis de sa mère. Vraiment, c’est une femme formidable, admirable même. Il s’en veut de ne pas s’en être aperçu plus tôt. Il s’en veut de l’avoir faite souffrir. Il faut réparer ça, il le sait maintenant.

Ses parents sont maintenant partis et la nuit a commencé à s’étendre sur toute la ville. Tout est plus calme, même les malades des chambres voisines se sont pratiquement tous endormis.
Anatole est toujours au-dessus de son lit et cherche la présence de son guide.

- Tu es là ?
- ……..
- Mon guide ?
- Oui, j’arrive ! Excuse-moi, mais il faut un certain temps pour que je redescende.
- Que tu redescendes ? !!
- De temps en temps, je suis obligé d’aller me recharger là-haut.
- Là-haut ? !
- Votre ville est tellement polluée que nous ne pouvons pas rester indéfiniment à votre niveau vibratoire. Il est nécessaire que nous nous rechargions sur des plans plus élevés, tu comprends ?
- Ah bon ? Tu veux dire que les êtres humains ne vibrent pas très bien ?
- Oui, leur niveau vibratoire est en général assez bas, mais certains l’ont compris et savent comment l’élever grâce à des techniques spécifiques telles la méditation, le yoga, la prière ou les lectures spirituelles. En ce qui concerne les guides, ils sont donc affectés par la pollution vibratoire de la planète.
- Explique-moi ça, si tu veux bien.
- Comment dire ? Tu as étudié les auras des êtres humains, il me semble?
- Oui, dans les cours de yoga. Mon prof expliquait que chaque être humain est entouré d’une sorte d’auréole, invisible au commun des mortels, qui est en rapport avec ce qu’il appelle les corps subtils : le corps émotionnel, le corps mental, et d’autres dont j’ai oublié le nom…
- Bien, alors si tu te souviens, certaines personnes ont une aura très lumineuse et d’autres pas.
- Oui.
- Et bien, actuellement, votre Terre est habitée à quatre-vingt dix pour cent par des êtres dont les auras sont sombres.
- Quatre-vingt dix pour cent ! Mais c’est énorme !
- Et encore, je pense être en dessous de la réalité…
- C’est pour cette raison que le monde va si mal ?
- En grande partie, oui.
- Et qu’il y a tant de mal-être chez la plupart des gens ?
- Ce n’est pas toujours de leur faute, mais ils finissent par épouser l’ambiance générale, tu comprends ? Mets une goutte de couleur blanche dans un pot de couleur noire, ça ne change pas grand chose, mais si tu ajoutes une goutte de noir dans une pot de couleur blanche, elle vire rapidement au gris !
- Tu as raison.
- En épousant – de façon inconsciente le plus souvent – l’ambiance générale, ils se font avoir par la cupidité, l’orgueil, la médisance, toutes sortes de désirs et d’envies égoïstes qui finissent par les perdre.
- Il en a toujours été ainsi ?
- Non, la race humaine a connu quelques périodes fastes et lumineuses dans le passé. Les personnes positives y étaient beaucoup plus nombreuses, mais c’est loin maintenant.
- En Egypte, par exemple ?
- Oui, mais pas sous n’importe quelle dynastie. En Grèce et en Inde également, et en Amérique avant que les blancs ne débarquent, tant au Nord qu’au Sud du « Nouveau Monde ». Mais… nous avons un travail à effectuer, n’est-ce pas ?
- Oui… Antonia, répond Anatole dans un soupir.
- Suis-moi, on va la retrouver !
- Mais ? ! Comment ? Je ne peux pas bouger d’ici !
- Si, tu vas voir, ce n’est pas si compliqué que ça. Maintenant que tu as effectué quelques prises de conscience, tu es devenu un peu plus léger, donc cela devrait coller… ou plutôt décoller !
- Léger ??
- Oui, plus léger vibratoirement. Tu vas pouvoir déplacer ta conscience dans l’espace. Habituellement les personnes qui sont dans le coma ne peuvent pas le faire car elles sont reliées à leur corps physique par ce que l’on appelle la corde d’argent.
- La corde d’argent ? J’en ai vaguement entendu parler. C’est comme un cordon ombilical qui relie la conscience au corps physique et qui se brise au moment de la mort, c’est ça ?
- Tout à fait. Mais il est possible dans certains cas de déplacer sa conscience dans l’espace sans la briser. En fait, elle peut se distendre à volonté, un peu comme un cordon téléphonique. Il suffit d’entrainer la pensée, dont la vitesse est extrêmement rapide, à se projeter dans l’espace. Entraîne-toi : il suffit que tu penses à Antonia et tu es chez elle ! Vas-y !
- ……
- Pas comme cela, tu te concentres trop. Projete ta pensée et laisse faire !
- … je n’y arrive pas, c’est trop dur pour moi, et en plus je suis fatigué.
- Bon, on va faire autrement. Tu vas me suivre, d’accord ?
- Ok, je te suis !
- Reste centré sur ma voix et ne perds pas la connexion. Tu m’entends toujours ?
- Oui, ça va ! Mais… qu’est-ce qui se passe ? Mon guide ! Je suis dehors, au-dessus du jardin de l’hôpital ! !
- Tu vois ? tu es déjà arrivé à sortir de la chambre.
- Super ! Waou ! C’est génial, je vole !!
- Bon, continue vers là, tu me vois ?
- Je ne te vois pas mais je sens ta présence et je suis ta voix. Je ne risque pas de tomber ?
- Non, n’aie crainte. Tant que tu as confiance, tu ne risques rien. Seule la peur peut te faire chuter.

Anatole suit la voix de son guide en se baladant au-dessus de la ville. Par moment, il lui semble même deviner une forme lumineuse devant lui, un peu comme une luciole au milieu de la nuit, ou plutôt comme une boule de lumière douce et irisée.

- Super ! Comme c’est beau, toutes ces lumières !
- Oui, bien sûr, mais tout dépend du regard que l’on porte sur les choses.
- Que veux-tu dire ?
- Regarde d’un peu plus près.
- De quelle manière ??
- Ton esprit est comme un zoom qui peut éloigner ou rapprocher ce qu’il perçoit. Essaye et tu verras.

Anatole applique alors les conseils de son guide et soudain, il se retrouve au-dessus de la grande avenue qui mène à son domicile. Il reconnaît les échoppes, les magasins colorés, les cafés grouillants de monde. Et tout à coup, il voit !

- Mais qu’est-ce que… ? !
- Alors, c’est toujours aussi beau, les lumières de la ville la nuit ?
- Mais c’est incroyable, qu’est-ce que les gens sont sombres ! On dirait qu’ils ont tous un voile grisâtre autour d’eux.
- Ce sont leurs émanations, tu les vois ?
- Oui, mais… pourquoi est-ce que je les vois comme ça ?
- C’est la vraie vision de ton esprit, c’est la réalité. La plupart des êtres humains ont perdu cette capacité de voir ainsi. A force de s’intéresser à la matière, ils ne perçoivent que l’aspect matière de la lumière. Tout le reste leur échappe. Mais toi, tu les vois maintenant, tels qu’ils sont.
- Mais je les ressens comme très négatifs, c’est affreux !
- Il faut dire que là, tu as zoomé sur l’une des tripots les plus malfamés de ton quartier…
- Mais, regarde celui-là au comptoir, avec son verre d’alcool à la main. Il y a quelqu’un sur lui… ou en lui, je ne sais pas comment dire…
- Oui, c’est ce que vous appelez un ivrogne, et ce que tu distingues grâce à ta nouvelle vision, c’est une entité.
- Une entité ?
- Une âme errante, si tu préfères, sauf que celle-là elle n’erre plus : elle a élu domicile chez cet ivrogne !
- Ça existe donc ? Mais regarde, on dirait qu’elle avance sa bouche, comme si cette entité voulait boire dans son verre !
- Ce n’est pas « comme si », elle le fait ! En fait, elle essaye de retrouver des sensations de sa dernière vie d’alcoolique. Mais ce faisant, elle pousse cet ivrogne à boire. Elle a pris tellement de place en lui que cet homme ne peut plus s’arrêter car il n’est plus le « seul maître à bord ». Il est, comme vous dites, « squatté ».
- Mais c’est dégueulasse ! !
- Attention, ton niveau vibratoire est en train de baisser ! Remonte !

Le temps d’apercevoir une ombre menaçante débouler sur lui, Anatole se sent soudain soulevé vers le ciel, comme happé par une main invisible.

- Tu as vu ? Tu as failli te faire attraper par une entité agressive !
- Oui… mais comment... ?
- Tu as eu une réaction de peur face à ce « squatteur » et ton niveau vibratoire a brusquement chuté. Pendant quelques secondes, tu t’es retrouvé sur leur plan vibratoire et ils t’ont repéré.
- Qui ça « ils » ??
- Les âmes errantes qui se sont faites piéger en restant sur le plan terrestre après leur décès. Et comme elles n’ont pas pu évoluer, elles ont conservé leurs tendances négatives.
- Mais dis-donc, c’est dangereux ton truc !
- Et bien tu vois, c’est un peu comme sur Terre. Il y a des dangers partout, même dans le monde invisible.

Comme Anatole est maintenant revenu au-dessus de la ville, il prend le temps d’adapter sa nouvelle vision à ce qu’il perçoit. Comme l’a dit son guide « Tout dépend du regard que l’on porte sur les choses ». Ainsi, il peut à la fois contempler les lumières de la ville, les beaux jardins, le fleuve qui serpente au loin, et les vibrations qui émanent des êtres qui la peuplent. De même, il peut littéralement palper les vibrations chaleureuses provenant d’une fête familiale au dernier étage de cet immeuble puis celles, beaucoup moins lumineuses, de cette bande de zonards près de la fontaine, dont les vociférations émettent des zébrures rouge et vert foncés au-dessus de leurs corps.
Souhaitant partager son enthousiasme avec son guide, Anatole se tourne dans sa direction et là… il le voit soudain ! Ou plutôt sa forme lumineuse, son aura.

- Mon guide ! Je te vois ! Je te vois !!
- Ah ! cela me fait plaisir. Et comment me vois-tu ?
- Beau ! Tu es… ce n’est pas le mot, et tu n’as pas vraiment de forme stable, mais tu es lumineux, ça oui !
- N’oublie pas : tout dépend du…
- Oui, je sais, mais là je ressens ta vibration, et peu m’importe l’apparence.
- Très bien, je vois que tu as compris. Si tu veux me voir sous une apparence humaine, tu peux me percevoir comme un héros de ton enfance ou une star de ton adolescence. Si tu souhaites me voir comme un ange, je le peux aussi…attends… regarde ces belles ailes !

Anatole ne peut alors s’empêcher de rire en le voyant étendre de belles ailes bleutées et dorées de chaque côté de son corps lumineux. Mais immédiatement, le ton de son guide se fait plus sérieux :

- Bon, si nous voulons faire ce que l’on avait prévu, ne perdons pas de temps, d’accord ?
- D’accord, je te suis.
- Non, maintenant c’est moi qui te suis. Tu connais le chemin puisque nous allons chez toi, chez Antonia.
- Ah oui, c’est juste !

Anatole commence à apprécier la présence de son guide. Non seulement cela le rassure, mais une telle complicité est tellement rare qu’il se sent soudain proche de lui, un peu comme s’il était un frère jumeau. Pendant qu’ils se dirigent tous deux vers le domicile d’Antonia, il ne peut s’empêcher de le lui dire.

- Je te remercie, Anatole. Il est vrai que nous sommes proches, on se ressemble même parfois. Sache qu’un guide a toujours beaucoup d’affinités avec celui ou celle qu’il accompagne dans son évolution.
- Cela fait combien de temps que tu es mon guide ? Depuis ma naissance ?
- Non, ce n’est pas si vieux que ça. Une dizaine d’années de votre temps terrestre. En fait, depuis que tu pratiques le yoga.
- Ah bon ? Auparavant, je n’avais pas de guide ?
- Si, mais comme tu as décidé d’évoluer, j’ai été dépêché auprès de toi. Cela ne signifie pas que j’étais plus évolué que toi, mais que je pouvais t’aider à progresser dans cette voie.
- Donc tu connais le yoga.
- Oui, enfin… c’est plus compliqué que ça, mais disons que je l’ai pratiqué durant l’une de mes dernières incarnations.
- Attends ! Tu veux parler de vies antérieures, là ? Tu y crois ?
- Bien entendu, sinon je ne serai pas là ! Ton professeur de yoga a pourtant souvent fait allusion à la notion de réincarnation et de karma, il me semble ?
- Oui, mais certaines notions m’ont semblé un peu fantaisistes. Il disait que le karma était comparable à un compte bancaire !
- En un sens, c’est vrai. Dans la succession d’incarnations que connaît l’âme dans la matière, elle acquiert des capacités et des qualités d’esprit comparables au crédit d’un compte bancaire. Celles-ci s’additionnent et constituent une sorte de capital. A l’inverse, chaque fois que l’âme perd la foi ou chute dans son évolution en vivant des expériences négatives, son capital s’amenuise. Elle peut même passer en débit et se créer des dettes.
- Donc, d’une vie à l’autre, on peut perdre tout ce que l’on a gagné !
- Exact.
- Mais c’est injuste !
- C’est la loi du karma. Mais on peut tout de même progresser de vie en vie, même si parfois on chute, car le but de chaque âme est le même : rejoindre l’Atma, l’Unité cosmique, Dieu si tu préfères. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler.
- Tu pourras m’aider à mieux gérer mon compte bancaire, alors, lorsque je serai sorti ?
- Anatole !
- Je plaisante. J’aimerais simplement que tu m’aides à ne plus chuter.
- Si tu m’écoutes ! Car jusqu’à présent tu ne m’as pas beaucoup écouté.
- Normal, je ne savais même pas que j’avais un guide !
- Exact, mais tu n’écoutais pas non plus ton âme, ni même ta conscience, d’ailleurs. Excepté lors des premiers cours, je me souviens : là tu faisais des efforts, et tu as fais de rapides progrès.
- Ah, tu vois ?
- Oui, mais c’est parce que c’était nouveau pour toi. Tout nouveau, tout beau ! Et puis, après quelques dizaines de séances, tu as perdu le contact. Heureusement, ton professeur t’a rapidement repris en main. Au bout de quelques mois, il t’a fait méditer durant plus d’une heure et tu es parvenu à élever ta conscience à travers le canal de lumière situé au sommet de ton crâne, tu te souviens ?
- Ah oui ! Et là j’ai vu Bouddha !
- L’un des bouddhas, plus exactement. Tu étais tellement enthousiaste que tu t’es cru parvenu au Nirvana !
- Tu vas encore dire que c’est l’ego, n’est-ce pas ? Mais… dis-moi : qu’est devenu mon ancien guide ?
- On l’a envoyé en mission vers une autre personne.
- Cela signifie qu’un jour tu vas me quitter ?
- Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas pour demain ! Nous avons beaucoup à faire en attendant. D’ailleurs, nous y voici…

Le domicile d’Antonia est tout proche maintenant, et Anatole reconnaît ces lieux si familiers. A son grand étonnement, il voit son guide entrer par la fenêtre du salon… qui est fermée ! Mais il ne se pose pas trop de questions et le suit. C’est ainsi qu’il se retrouve lui aussi à l’intérieur du salon.
Tout est calme. Seules les lumières des lampadaires de la rue accrochent quelques lueurs fugaces aux meubles et aux décorations de la pièce. Spontanément, il se dirige vers la chambre où dort Antonia. Anatole murmure à son guide : « Elle dort… comment faire pour lui parler ?

- Attends qu’elle rêve.
- Qu’elle rêve ? !
- Oui, quand elle sera sur le plan astral, tu pourras entrer en contact avec elle.
- Le plan astral ?!
- La conscience évolue sur plusieurs plans, comme le plan mental et le plan causal, dont je te parlerai plus tard. Le plan astral est un plan de conscience qui correspond vibratoirement à l’état de rêve. Sur ce plan de conscience on subit l’influence lunaire, c’est pour cela qu’on le qualifie d’astral.
- Mais comment je vais le savoir, qu’elle est sur le plan astral ?
- Attends quelques instants, Anatole. La patience, c’est ta première leçon, ne l’oublie pas.
- Ok ! ok….

Anatole contemple ce beau visage qui émerge de la couette. Ces paupières aux longs cils courbés, ces cheveux noirs comme l’ébène dont les boucles épousent de fragiles épaules, cette bouche finement ourlée qu’il aime tant embrasser, et dont il est cruellement privé à présent.
Soudain, le visage d’Antonia semble se dédoubler, un peu comme deux négatifs de la même photo que l’on superpose. Et Anatole commence à percevoir une forme éthérée, d’une douce luminosité, qui s’élève lentement au-dessus du corps allongé dans le lit.

- Voilà, sa conscience est maintenant sur le plan astral. Tu peux lui parler.
- Est-ce qu’elle peut me répondre ?
- Tout dépend de son niveau de conscience. Elle peut très bien croire qu’elle te voit en rêve, ou que c’est son imagination. Essaye de lui parler et tu verras bien.

Anatole ne sait pas par où commencer. Comment lui dire qu’il est là, ici auprès d’elle, qu’il regrette ce qui s’est passé, qu’il…

- Anatole ? …. C’est toi ?
- Euh… oui Antonia. Tu me vois ?
- Mon amour… je ne te vois pas mais je t’entends. Tu n’es pas mort, n’est-ce pas ?
- Non, mon cœur. Je ne suis pas mort, seul mon corps l’est, cliniquement ou presque. Mais je voulais te dire que… que je regrette infiniment ce qui s’est passé. Je n’aurais pas du… je t’ai faite souffrir et je te demande pardon… pardon, mon cœur.
- Mon amour… je t’ai déjà pardonné. Dès l’instant où j’ai vu ton corps dans cette chambre d’hôpital, seul comptait pour moi que tu survives à cet accident. Toute ma rancune, toute ma jalousie s’est alors évanouie.
- Mon cœur… comment te dire ? Je ne sais comment me rattraper. Comment est-ce que je peux effacer ce qui t’a fait tant de mal ?
- Oui, j’ai souffert car je pensais que tu ne m’aimais plus du tout, tu sais ?
- Pardonne-moi, vraiment… c’est sincère, je n’ai jamais été aussi sincère, tu le sens ?
- Oui, je le sens. Je te pardonne, mon amour. Mais je t’en prie, reviens à la vie. Je ne pourrai pas vivre sans toi.
- Mon cœur…si j’arrive à m’en sortir, je te promets que je ne te quitterai jamais plus.
- Je t’aime fort, tu sais.
- Je t’aime aussi, mon cœur…

Ces mots à peine prononcés, Anatole voit la forme astrale d’Antonia s’estomper, s’estomper, devenir de plus en plus floue… puis le corps allongé sur le lit est saisi de quelques légers soubresauts. Antonia vient de tousser. Elle se tourne ensuite sur le côté et reprend son sommeil…

- Tu te souviendras de la promesse que tu lui as faite, Anatole ?
- Bien sûr !
- Je te dis cela parce que tu dois savoir que chaque promesse non tenue est comme un débit à la banque. C’est comptabilisé ! Viens, maintenant, il faut rentrer.
- Non, mon guide, je préfère rester avec Antonia.
- Je ne sais pas si tu le peux.
- Comment ça « si je le peux » ?
- Il me semble que, normalement, tu es actuellement entre la vie et la mort dans une chambre d’hôpital, n’est-ce pas ?
- Normalement, comme tu le dis, je devrais pouvoir rester auprès d’Antonia car elle a besoin de moi !
- Pour le moment, c’est plutôt toi qui a besoin de moi pour rentrer à l’hôpital ! Alors ? Tu me suis ?

Anatole n’a pas le temps de répliquer que son guide est déjà sorti de la chambre où repose le corps endormi d’Antonia et flotte déjà au-dessus de la rue.
A regrets, Anatole suit son guide. Il remonte l’avenue principale, survole les jardins où commence à s’égayer un groupe de moineaux matinaux, puis quelques instants après, la façade grise de l’hôpital apparaît dans leur champ de vision.

- Viens, je vais te montrer quelque chose.

Le guide d’Anatole le dirige alors vers la salle des urgences, où règne une atmosphère assez survoltée. Un accidenté de la route vient d’y être transporté précipitamment.

- Reste bien au-dessus. Ne descends pas à leur niveau vibratoire, d’accord ?
- D’accord !

Anatole aperçoit alors au-dessous de lui le corps ensanglanté sur le brancard, son casque de moto cabossé accroché à l’une des poignées, les deux infirmiers qui se pressent dans les couloirs vers le bloc opératoire. Cela lui rappelle vaguement quelque chose… puis soudain, il voit.

- Mon guide ! Regarde, il est là aussi, dans le couloir !
- Tu le vois maintenant, tu vois son corps astral ?
- Il marche à côté de son corps ! Enfin, il marche…
- Oui, il semble marcher, n’est-ce pas ? Tout comme toi, il est sorti de son corps physique car la souffrance était trop dure à supporter. Regarde un peu s’il y a moyen de rentrer en contact avec sa conscience.
- Ok, je vais essayer.
- Mais rappelle-toi : ne descends pas, d’accord ?

Anatole tente à plusieurs reprises d’établir le contact avec celui qui marche à côté du brancard : « T’inquiètes pas, tu vas t’en sortir » mais il ne semble pas l’entendre. Il essaye à nouveau et là…

- Hein ? ? … qui ? qui a parlé ?
- Un accidenté, comme toi. Tu ne me vois pas, mais moi je te vois. Regarde, je suis au-dessus de toi.
- Où ça ? Je ne te vois pas… Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je suis en dehors de mon corps ? Je suis mort, c’est ça ??
- Non, ne t’inquiètes pas.
- Oui, mais je sens des ombres autour de moi… j’ai peur…
- Ne t’inquiètes pas, quelqu’un va venir t’aider bientôt. Ton guide va….
- Mon quoi ? … Ah !! Mais qu’est-ce qui m’arrive ? , Non !! Ne me touchez pas, non !!!

Anatole prend soudain conscience que cet accidenté a peur et, dans sa frayeur, il s’est mis au niveau vibratoire des entités qui rôdent dans les couloirs de l’hôpital. D’ailleurs, Anatole commence à en apercevoir quelques-unes.

- Anatole ! remonte ! !

Soudainement happé par une force invisible, Anatole se retrouve au niveau de son guide.

- Je t’avais prévenu, Anatole...
- Oui, c’est vrai, je n’ai pas fait attention, mais c’était tellement impressionnant !
- Retiens bien ceci : on n’abaisse pas son niveau vibratoire, sauf si on y est contraint.
- Dans quel cas, par exemple ?
- Pour venir en aide à une âme en grande difficulté, mais même dans ce cas, on ne reste pas trop longtemps. N’oublie pas que, pour le moment tu es, excuse-moi, un peu novice en la matière, donc pas d’imprudence.
- Ok, je comprends…

De retour dans la chambre d’hôpital, Anatole se tourne vers son guide et le remercie.

- Je t’en prie ! C’est mon « boulot » comme vous le dites sur Terre.
- Tu sais, je suis content pour Antonia.
- Oui, tu t’es libéré du poids de la culpabilité et tu lui as donné l’espoir de te revoir un jour. Mais…
- Mais quoi ?
- Mais ce n’est pas gagné.
- Tu veux dire que je risque de mourir vraiment ?
- Mourir n’est pas vraiment un problème. C’est le salut de ton âme qui est important.
- Le salut de mon âme ??
- Oui, en ayant cet accident, tu as fait remonter pas mal de schémas karmiques du passé, tu les as réactualisés, si tu préfères.
- Attends ! Tu vas un peu trop vite, là !
- Tu as raison… disons que tu as reproduis des comportements négatifs de l’une de tes vies antérieures. Or cela, une âme le paye puisqu’elle régresse dans son évolution, tu comprends ?
- Ok, ça je le comprends. Donc, si je n’avais pas eu cette aventure avec Sylviane, je n’aurais pas eu cet accident ?
- Pas exactement. Tu n’aurais pas eu cet accident si tu avais écouté Antonia ce soir-là.
- Le soir où elle m’a lancé cet ultimatum ?
- Oui.
- Et j’aurais du faire quoi ?
- L’écouter. Reconnaître tes torts et lui demander pardon.
- Mais je viens de le faire.
- C’est AVANT qu’il fallait le faire. Pose-toi la question : pourquoi je ne l’ai pas fait avant ?
- Euh… l’ego ?
- Oui, l’ego. Et ta nature agressive, macho. Et ta difficulté à t’exprimer, à communiquer. Et ta tendance à t’identifier à ton père, et…
- Hé dis donc, mon guide ! tu me juges, là ??
- Ressens-tu que je suis sur le jugement ?
- C’est limite…
- Ressens.
- C’est vrai, je ne ressens pas vraiment de jugement de ta part. Mais ça m’agace. Tu vas dire que je me vexe facilement… mais continue, s’il te plaît.
- Nous aurons bientôt le temps d’y revenir. Pour le moment, repose-toi. Quant à moi, je vais aller me recharger un peu là-haut, si tu veux bien ?
- Ok, mais tu reviens, hein ?
- Bien entendu ! Avec tout le travail que l’on a à faire ! Mais au fait… tu es d’accord pour faire ce travail ? Je ne te force pas, tu sais.
- Du moment que ça peut me sortir de cette situation, je suis d’accord.
- Soyons clairs : je ne te promets rien.
- Mais… tu m’as dit que…
- Tout dépendra de ta bonne volonté, de ta capacité à te remettre en question et… de là-haut aussi !
- De là-haut ?
- Je ne t’en dis pas plus. A bientôt !
- A bientôt mon guide, et… merci !

Anatole se retrouve seul, à présent. Il se retrouve comme avant, coincé entre le plafond et le lit où repose ce corps, cette peau de singe sans vie, et cela l’amène à réfléchir à ce qu’il vient de vivre.
Tout commence à devenir plus clair dans son esprit, à présent. Il ne sait pas vraiment pourquoi il en est là, mais il a au moins deux atouts : il est aidé par son guide, et surtout il a fait la paix avec Antonia.
Et cela, c’est le plus important.

(.../...)


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