J'ai récemment (2006) reçu
un mail de la part d'un webmaster à qui je proposais
un échange de liens. Il refusait car, je cite : "L'astrologie
n'est pas compatible avec Dieu (.../...) Dieu est contre
tout ça il le dit clairement dans plusieurs passages de la Bible
(verset 18-10 du Deutéronome et 47.13 d’Esaïe)."
Voici ce que je lui ai répondu :
"Je
me doutais bien que vous citeriez ces deux versets de l’Ancien
Testament car ce sont les plus connus, et les détracteurs
catholiques de l’astrologie y font souvent référence.
Mais qui les a écrits ? Je sais que, pour le catholique,
la Bible est la Parole de Dieu. Mais si l’on étudie
un tant soit peu les Ecritures, on constate qu’il
en existe différentes versions et on réalise
qu’il
préférable de ne pas prendre tous les textes
au pied de la lettre. Jésus-Christ a dit : "Vous
connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira." (Jean 8, 31-32).
L'homme est maintenant prêt à connaître la vérité car il a accès
à tous les livres sacrés et à toutes les
traductions.
Comme vous le savez, la Bible est composé
de deux parties : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.
L’Ancien Testament a été écrit pour
l’essentiel par Moïse, tout au moins la première
partie. On sait que Dieu lui a parlé sur le Mont Sinaï
et qu’il en est revenu avec les Tables de la Loi sur
lesquelles
étaient inscrits les Dix Commandements. Sans vouloir
minimiser l’importance du témoignage de Moïse,
il fait référence à une époque
de l’Histoire (8 siècles avant J.C.) où les
hommes avaient besoin de lois et de morale car ils adoraient
toutes sortes de divinités païennes (dont le
fameux veau d’or) et s’adonnaient à la
violence,
à la luxure et au vice. Que Moïse ait été
inspiré à cette époque, certes, mais quand
on lit certains passages de l’Ancien Testament où
Dieu apparaît mysogyne, cruel, vengeur, voire jaloux,
on ne peut s’empêcher de penser que la personnalité
de Moïse a pu quelquefois déformer ce que Dieu
lui inspirait.
La vie de Jésus-Christ, relatée par quatre de
ses apôtres, constitue l’essentiel du Nouveau
Testament. Quand on lit toutes ces paroles de sagesse et
d’Amour
à travers les paraboles et les sermons, cela touche
notre esprit et notre cœur. Leur force, leur clarté et
leur authenticité
nous permettent de nous mettre en liaison directe avec Dieu.
On prend conscience que c’est Dieu Lui-même qui
parle à travers Son Fils bien-aimé. Mais dans
la bouche du Christ, il n’est jamais question de jugement,
de sentence, et encore moins de vengeance. Personne n’est
banni, personne n’est écarté à cause
de ses péchés et tout le monde peut accéder
au Salut.
Or, le premier verset que vous citez fait partie de
l’Ancien Testament : il s’agit du Deutéronome,
cinquième livre de la Bible hébraïque et
dernier du Pentateuque. Il contient le récit des derniers
discours de Moïse aux Israëlites avant qu'ils entrent
au pays de Canaan. C’est un autre code de lois, après
celui de l'Exode, d'où son titre de Deutéronome
: deuxième loi.
La plupart de ceux qui lisent la Bible pensent que c'est
Dieu qui édicte les lois contenues dans le Deutéronome,
mais c'est bien Moïse qui les prononce (à l'âge
de 120 ans!). Ce qui est étonnant, c'est que ce verset
ait retenu leur attention alors que, dans ce même Deutéronome,
on trouve des lois telles que l'interdiction de manger du porc,
de l'autruche ou de se marier avec une personne d'un autre peuple
que le peuple
élu (7.3) et plus encore de se laisser séduire
par une autre religion: "tu n'y consentiras pas, et tu ne l'écouteras pas... mais tu le feras mourir; ta main se lèvera la première sur lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite; tu le lapideras, et il mourra, parce qu'il a cherché à te détourner de l'Éternel, ton Dieu (13.10).
Mais revenons au verset en question:
Où est passé le mot « astrologue » ?
La traduction par Louis Segond du verset 18-10 du Deutéronome
auquel vous faites référence est :
«Qu'on ne trouve chez toi personne
qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui
exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de
magicien»
Mais si l’on prend la version de Chouraqui (éditions
Desclée de Brouwer), qui rappelons-le, a traduit la Bible
d’après les textes originaux en hébreu (la
langue de Moïse), voici ce que dit ce verset :
« Il ne se trouvera pas en toi
passeur de son fils et de sa fille au feu, charmeur de charme,
conjectureur, devin, sorcier »
Quand à la TOB (Traduction Oecuménique de
la Bible) voici sa version: « Il
ne se trouvera chez toi personne qui fasse passer sa fille
ou son
fils par le feu, interroger
les oracles pratiquer l'incantation, la magie, les enchantements
et les charmes, recourir à la
divination ou consulter les morts". Où est passé le mot « astrologue »
?
N’oublions pas que la traduction a été
faite à la fin du XIXè siècle et que, à
l’époque, l’astrologue était assimilé
à un magicien ou à un sorcier ! Mais, au fait,
qui était Louis Segond (1810-1885) ?
Un théologien
suisse qui a traduit la Bible en français à partir
des textes originaux hébreux et grecs. La traduction
de l'Ancien Testament a été publiée
en 1871, suivie par le Nouveau Testament en 1880. Selon Wikipedia « Louis Segond ne reconnaissait pas la divinité
de Jésus-Christ et il était mysogine ».
On peut alors se demander comment il a pu traduire les Evangiles
avec un tel état d’esprit…
Quand au verset 47.13 d’Esaïe de l'ancien
testament que vous citez, traduit par Louis Segond
par :
« Tu t'es fatiguée à
force de consulter: qu'ils se lèvent donc et qu'ils te
sauvent, ceux qui connaissent le ciel, qui observent les astres,
qui annoncent, d'après les nouvelles lunes, ce qui
doit t'arriver! » voyons comment ce verset
a été traduit
par Chouraqui :
« Tu es excédée par
la multiplicité de tes conseils. Qu’ils se dressent
donc et te sauvent, les répartiteurs de ciels, les contemplatifs
d’étoiles, les connaisseurs de ce qui viendra
sur toi aux lunaisons ! »
Quand à la TOB, voici sa version:
« Tu t'es épuisée à
force de consultations, qu'ils se présentent donc et
te sauvent, ceux qui détaillent le ciel, qui observent
les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui doit fondre
sur toi »
Encore une fois, on ne trouve pas le mot « astrologue
» dans ce verset. Tout au plus désigne-t-il ceux
qui s’intéressent aux étoiles et aux lunaisons,
ce qui était fréquent à l’époque
puisque les chaldéens avaient légué une
partie de leur savoir astronomique aux hébreux et aux
égyptiens, qui s'en servaient pour prévoir les
récoltes.
Ce sont ces mêmes astronomes-astrologues (à l'époque,
il n'y avait pas de séparation) que
nous retrouvons au chevet de Jésus encore nouveau-né et
que le Nouveau Testament appelle "les Mages venus d'Orient" (Mt 2,1).
Ont-ils été écartés
par les parents de Jésus lorsqu'ils sont arrivés
pour l'adorer avec l'or, l'encens et la myrrhe ? Non, parce
que ces mages étaient considérés pour leur savoir
et leur sagesse. Ils avaient fait des centaines de kilomètres pour
voir de leurs propres yeux celui qui devait naître sous
cette configuration astrale exceptionnelle qui l'annoncait
comme le Messie, le Sauveur !
On ne trouve rien, absolument rien dans le Nouveau Testament, qui fait allusion à des astrologues ou qui dit de s'en méfier. De la même
façon,
on n'y voit jamais Jésus jeter une diatribe à qui
que ce soit. Les
seules fois où Jésus
se met en colère contre les
hommes, c'est avec les marchands du temple et lorsqu'il s'adresse
aux riches : "Malheur à vous,
les riches" (luc 6-26) mais les traducteurs n'ont pas compris qu'il voulait dire:
"Malheureux êtes-vous, les riches".
Jésus leur exprimait ainsi sa compassion (voir la note
de la TOB pour ce verset : "Ce ne sont pas des malédictions
ni des condamnations irrévocables...).
Pour terminer cette mise au point, jetons un coup d'oeil aux
premiers versets de la Genèse 1.14, où il
est clairement dit :
"Le troisième jour Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans
l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec
la nuit; que
ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années."
De l’astromancie à l’astropsychologie
L’astrologie était donc, du temps
de Moïse, considérée comme une mancie, c’est
à dire une pratique divinatoire : quand aurais-je un
autre enfant ? comment va se passer la saison pour mes récoltes
? etc. Et cela a perduré durant des siècles
puisque ce n’est qu’au vingtième siècle
que l’astrologie a refait surface, d’une part
avec les
« horoscopes » (les nouvelles mancies !) et d’autre
part avec l’étude de caractère et la psychologie,
ce qui lui donna une nouvelle direction : celle des sciences
humaines. De nos jours, d’ailleurs, ceux qui étudient
et pratiquent l’astrologie préfèrent
se présenter comme des astropsychologues, car il
s’agit
essentiellement de mieux se connaître en étudiant
les configurations planétaires de la carte du ciel
de naissance. Rappelons que cette étude prend en compte
les dix planètes et leurs aspects alors que le fameux
horoscope ne tient compte que du Soleil de naissance. La
prévision
(voir avant) fait partie de la pratique mais sans aucun déterminisme
et avec beaucoup de prudence dans l’analyse, afin de
ne pas verser dans la prédiction (dire avant) et de
risquer d’influencer les choix. Pour
ma part, cette science humaine m'aide à connaître
plus rapidement les forces et les faiblesses d'un individu,
à mieux appréhender son chemin de vie, à mieux
comprendre ses problèmes. Enfin, la connaissance astrologique
m'aide à le réconcilier avec son
âme. Tous
ceux qui font référence à ces deux versets
de la Bible ne s'imaginent pas à quel point ils peuvent
être sentencieux et... aveugles dans leur façon
de juger ceux qui pratiquent l'astrologie. Le Seigneur n'a-t-il pas dit "Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés" ?
J'espère que cette réponse vous permettra de réviser
votre jugement et que vous prendrez conscience que l'on peut
être astrologue et profondément chrétien.
Pour illustrer cette réflexion
voici une histoire vraie:
Une célèbre animatrice radio des États-Unis
fit remarquer que l'homosexualité est une perversion.
"C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique
(chapitre 18, verset 22) : Tu ne coucheras pas avec un homme
comme on couche avec une femme : ce serait une abomination.
C'est clair, non ? La Bible le dit. Un point c'est tout. ",
affirma-t-elle.
Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre
ouverte qui disait :
"Merci de mettre autant de ferveur à éduquer
les gens à la Loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute
de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le
monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres
lois bibliques.
Par exemple, je souhaiterais vendre
ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans
le livre de l'Exode (chapitre 21, verset 7). A votre avis,
quel serait le meilleur prix ?
Le Lévitique (chapitre 25, verset 44) enseigne aussi
que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition
qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un
ami affirme que ceci est applicable aux mexicains, mais pas
aux canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point
? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des
esclaves canadiens?
Je sais que
je ne suis autorisé à toucher
aucune femme durant sa période menstruelle, comme
l'ordonne le Lévitique
(chapitre 18, verset 19). Comment puis-je savoir si elles
le sont ou non J'ai essayé de le leur demander,
mais de nombreuses femmes sont réservées
ou se sentent offensées.
J'ai un voisin qui tient à travailler
le samedi. L'Exode (chapitre 35, verset 2) dit clairement
qu'il doit être condamné à mort.
Je suis obligé de le tuer moi-même? Pourriez-vous
me soulager de cette question gênante d'une quelconque
manière?
Autre chose : le Lévitique (chapitre
21, verset 18) dit qu'on ne peut approcher de l'autel de
Dieu si on a des problèmes
de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle
doit-elle être
de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la
baisse?
Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce
que dit le Lévitique (chapitre 19, verset 19) en plantant
deux types de culture différente dans le même
champ, de même que sa femme qui
porte des vêtements faits de différents tissus,
coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire
et à blasphémer.
Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure
embarrassante de réunir
tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique (chapitre 24, verset 10 à 16)
?
On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au
cours d'une réunion familiale
privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment
avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans
le livre sacré (chapitre 20, verset
14) ?
Je me confie pleinement à votre aide.
Merci de nous
rappeler que la parole de Dieu est éternelle et immuable.
Un point c'est tout."
Il ne reçut jamais de réponse...
Pour ceux que cela intéresse, voici quelques liens utiles
:
- Pierre d’Ailly , cardinal, chanoine et
évêque, qui s’appuya sur la théorie
des grandes conjonctions pour montrer l’accord entre l’astrologie
et l’histoire d’une part, et entre l’astrologie
et la théologie d’autre part. Voir la
page qui lui est consacrée sur Wikipédia.
- Le site de Gilles Roy "Le
divin Soriastre dédié à Celles et Ceux
qui veulent réconcilier les astrologues avec l'Art, la
Science, l'Histoire et DIEU, par et pour l'Amour de JESUS-CHRIST,
notre Sauveur".
- La réponse
de la Fédération Des Astrologues Francophones suite aux voeux du pape Jean Paul II et à la condamnation
des astrologues, par Ferdinand
David
-Esotérisme et christianisme : Histoire et enjeux théologiques d'une expatriation par Jérôme
Rousse-Lacordaire.
Dominicain, docteur en théologie, chargé d'enseignement
à l'Institut catholique de Paris (Institut de science
et de théologie des religions) est directeur de la bibliothèque
du Saulchoir à Paris. L'ésotérisme a mauvaise
presse dans le monde catholique. Pourtant, cette forme de pensée
a connu une grande faveur dans certains milieux catholiques,
pas toujours marginaux, depuis la Renaissance, et encore aujourd'hui,
elle attire nombre de chrétiens...