Ecrit en mars 2004
Dans les séances de "Guérison du passé"
que je propose à mes consultants, c'est la phase du Pardon
que je considère comme essentielle. A la pratique, en
effet, c'est la plus importante des étapes dans ce type
de thérapie.
Mais il y a pardon et Pardon...
C'est souvent ce que je réponds quand quelqu'un m'affirme
qu'il a déjà pardonné à tel ou tel
membre de sa famille. Je lui demande alors de quelle façon
cela a été fait. Et généralement,
on me répond "Avec mpn psy, on a déjà
abordé ce problème. Il m'a suggéré
de pardonner et je l'ai fait."
Et voilà où le bât blesse : de cette manière,
le plus souvent, la personne a fait les choses à moitié.
On lui a suggéré et mentalement, elle a compris
que c'était indispensable de le faire. Elle l'a peut-être
même fait verbalement, c'est à dire en présence
d'un tiers (le psy, un ami proche ou un membre de la famille)
mais on reste toujours au niveau du mental...
Une façon un peu plus efficace de pardonner réellement,
c'est de le faire en état de méditation ou de
prière sincère. Dans cet état particulier
de conscience, les pensées ralentissent leur flux incessant
et l'intention de pardonner devient plus sincère, donc
plus "porteuse".
Mais c'est - à mon sens - dans l'état de détente
totale appelé alpha (et mieux encore thêta) que
l'intention de pardonner acquiert toute sa force et toute sa
portée. Dans cet état de conscience, on ne se
situe plus au niveau de l'intellect, du mental donc de l'ego,
mais au niveau de l'âme (ou du Surmoi, pour ceux que ce
terme dérange) donc du mental supérieur que l'on
nomme également le mental causal. Et là est toute
la différence : l'intention, sur le plan causal, devient
réalité. Elle atteint, telle une flêche,
directement son but. Lors de ce que j'appelle "le dialogue
d'âme à âme" le consultant ne fait plus
intervenir son mental, son vouloir, mais les qualités
intrinsèques de sa nature profonde, notamment la compassion
(ou empathie).
Et là, le Pardon se fait réellement.
Comme je l'expliquais il y a quelques années à
une consultante que le mot pardon défrisait quelque peu,
sans doute à cause de sa connotation religieuse: "Ne
focalisez pas sur le mot. Pardon signifie tout simplement par...don
de Soi. C'est votre Moi supérieur qui accepte de donner
un peu d'amour à celui qui vous a offensé. Et
par ce don de Soi, vous brisez les liens négatifs qui
vous reliaient à cette personne, donc vous libérez
l'autre en même temps que vous vous libérez."
Comment est-on sûr que le travail effectué a été
efficace ?
Généralement, la personne fond en larmes. Lorsque
cela est ressenti émotionnellement, on est certain que
le Pardon a été fait sincèrement. Et cela
lui fait un bien énorme: la plupart des patients disent
qu'ils se sont sentis délivrés d'un gros poids
au niveau du plexus solaire. Cela a également des conséquences
sur le rapport qu'elles ont avec les autres membres de leur
famille, leur conjoint, leurs collègues de travail, etc.
Quant aux bienfaits du Pardon, je vous laisse méditer
sur ce fait divers qui a secoué l'Amérique il
y a quelques années :
Gary Ridgway, le tueur de la Green River qui a violé
et assassiné 48 prostituées, avait finalement
été condamné à la prison à
perpétuité. Lors de l'audience publique, celui-ci
a demandé pardon pour ses crimes, mais le juge a affirmé
qu'il ne croyait pas aux remords du tueur. Durant toute la journée,
les familles des victimes avaient eu la possibilité de
s'exprimer, de dire ce qu'elles voulaient à Ridgway,
après toutes ces années de souffrance et de deuil.
Le frère de l'une des victimes a laissé éclater
sa colère en disant : "C'est une saloperie comme
vous, pas les victimes dont vous avez pris les vies, qui ne
mérite pas de continuer à vivre». Ridgway
restait les yeux dans le vide et acquiescait simplement de temps
à autre, apparemment insensible à tout ce qu'on
lui disait.
La seule personne qui réussit à lui tirer des larmes
c'est la mère d'Opal Mills, assassinée quand
elle avait 16 ans, qui a été capable d'offrir
son pardon à Ridgway: « Nous voulions vous voir mourir, mais
c'est terminé à présent. Gary Leon Ridgway,
je vous pardonne. Vous n'avez plus d'emprise sur moi, maintenant.
Je ressens une paix qui est au-delà de l'entendement
humain ».

Ridgway
a alors fondu en larmes… comme un gosse. Un gosse qui
ressentait soudain l'amour venant de cette femme, l'amour qui
lui avait toujours manqué, lui le petit garçon
incontinant que sa mère lavait encore à l'âge
de 12 ans et dont les juges se demandaient si elle n'allait
pas quelquefois plus loin...
Encore une fois, c'est le manque d'amour (ou de sentir mal aimé)
qui est à la base de tous les conflits, et seul le Pardon
véritable a le pouvoir de réparer les dommages
causés, même les plus cruels.
© 2004-2010 Patrick Giani
- tous droits de reproduction,
de traduction et d'adaptation reserves pour tous pays.
Faire demande par email.