Les occidentaux veulent toujours aller plus vite que les autres,
même du point de vue spirituel.
Récemment, une revue française sur le bouddhisme
présentait un article écrit par un adepte français
qui mettait l'accent sur la nécessité d'atteindre
le Non Soi pour réaliser l'Eveil.
A un certain niveau élevé de conscience, oui sans
doute, mais combien de méditants sur Terre peuvent réaliser
cela ? Avant d'atteindre le Non Soi, il faut déjà
atteindre le Soi, ce qui n'est pas une mince affaire. Et encore
faut-il prendre conscience de ce qu'est le Soi ! Quand on pense
que la plupart des occidentaux qui s'intéressent au bouddhisme
n'ont pas encore pris conscience de la différence entre
le Moi et le Soi, on s'interroge sur l'intérêt de
tels propos. Mais comme les occidentaux ont besoin de performances,
de sommets à atteindre et de réussites à
accomplir, cette "carrotte" supplémentaire leur
permet sans doute d'avancer avec plus de conviction dans la voie
de la spiritualité. Comme si l'Eveil pouvait leur tomber
dessus un jour, entre deux méditations, tel un miracle!
Pourtant, un bon nombre d'enseignants et de lamas leur ont dit
que la route était longue, semée d'embûches,
et que l'Eveil était progressif. Mais bon, on a le droit
de rêver...
Pour
résumer, sans être didactique, le Moi est cette partie
de la conscience individuelle qui est centrée sur les désirs
personnels, les préoccupations propres, les exigences de
l'ego. Tout tourne autour de la satisfaction des sens, des plaisirs,
tout tourne autour... du nombril.
Le
Soi, que l'on peut apparenter à l'âme, est cette
instance psychique qui est - pour qui s'intéresse à
la psychanalyse - au-dessus du Surmoi, le juge intérieur
qui tente d'éduquer un tant soit peu le Moi. Etant situé
au-dessus, le Soi contrôle donc l'un et l'autre en permanence,
mais parfois, dans la confusion actuelle de notre monde, il
perd le contrôle. Et l'homme se sent balloté entre
son ego et son juge intérieur comme une barque au milieu
de l'océan. Et pour peu qu'il s'identifie à son
mental, qui fait le jeu de l'ego, il se croit très intelligent...
De là la nécessité, si l'on souhaite reprendre
contact avec son âme, de travailler
sur Soi, grâce à la pratique
de la méditation,
de la prière ou de la louange. Alors, avant d'atteindre
le Non Soi, qui nécessite
d'avoir vaincu ses démons intérieurs, accepté la
fusion avec l'Esprit et renoncé au retour en incarnation,
contentons-nous déjà de
bien connaître
notre Moi, les pièges et les exigences de l'ego, afin
de le dompter plus aisément. Puis de travailler
sur Soi afin
de répondre le plus
souvent possible aux appels de notre âme, de devenir
UN avec elle et, de là, avec le Divin. Cela demande
pas mal de temps, de patience et de courage, comme en témoignent
tous ceux qui oeuvrent dans ce sens sur notre planète,
mais n'est-ce pas le plus noble des buts sur cette Terre?
N.B: Il est intéressant d'ajouter ce que
l'hindouisme entend par "soi" : Le soi universel = âtman
. "Le soi est sans ego" "Nier le soi n'est pas
le fait du Bouddha mais du natthika" p. 157 (citations tirées
de Hindouisme
et bouddhisme. par Ananda K. Coomaraswamy. Gallimard.)